Conscience non-locale

Et si la conscience n’était pas aux commandes de notre esprit ? [traduction]

Source : https://theconversation.com/what-if-consciousness-is-not-what-drives-the-human-mind-86785

Tout le monde sait ce que c’est qu’être conscient : c’est un sentiment personnel évident d’écoute, qui nous donne une sensation de maîtrise et de contrôle de nos pensées, de nos émotions et de nos expériences au jour le jour.

Bon nombre d’experts pensent que la conscience peut être divisée en deux : l’expérience de notre propre conscience (être à l’écoute, attentif au monde qui nous entoure), et le contenu de cette conscience qui inclut les pensées, les croyances, les sensations, les perceptions, les intentions, la mémoire et les émotions.

Il est aisé d’accepter que ces contenus de la conscience sont d’une manière ou d’une autre choisis, causés ou contrôlés par notre connaissance personnel – après tout, les pensées n’existent pas jusqu’à ce que nous pensons à elles. Mais dans une publication de Frontiers of Psychology, nous comprenons que cela est une erreur.

Cet article suggère que notre état de conscience ne crée, ne cause ni ne choisit nos croyances, sentiments ou perceptions. À la place, les contenus de notre conscience sont générés “derrière le rideau” par un système rapide, efficace et non-conscientisé de notre cerveau. Tout ceci survient sans aucune interférence de notre conscience active.

Dit plus simplement, nous ne choisissons pas nos pensées ni nos sentiments consciemment : nous sommes juste informés de ces derniers.

Pas seulement une suggestion

By Hash Milhan (Flickr: suggestion box) [CC BY 2.0 (http://creativecommons.org/licenses/by/2.0)], via Wikimedia Commons
Si cela sonne étrange, considérez à quel point il est facile de reprendre conscience (se réveiller) chaque matin après l’avoir perdu la nuit passée ; comment les émotions et les pensées – bienvenues ou non – arrivent déjà formées dans votre esprit ; comment les couleurs et les formes que nous percevons sont construites en des objets utiles ou des visages connus sans aucun effort de votre cerveau.

Considérez que tous les processus neuropsychologiques responsables de la motricité de votre corps ou des la formation des mots en phrases prennent place sans impliquer votre conscience personnelle. Nous pensons que ces processus, responsable de la génération de contenus de conscience se comportent à l’identique.

Notre hypothèse a été influencée par des recherches en neuropsychologie et en neuropsychiatrie, mais également via des études en neuroscience cognitive utilisant l’hypnose. Ces études sur l’hypnose montrent que l’humeur, les pensées et les perceptions de chacun peuvent être profondément altérés par suggestion.

Dans de telles études, les participants travaillent au travers d’une procédure d’induction hypnotique, pour les aider à se centrer mentalement et être dans un état méditatif. Ensuite, les suggestion sont menées pour modifier leurs perceptions et sensations.

Par exemple, dans cette étude, les chercheurs ont enregistrés les activités cérébrales des participants quand ces derniers levaient leur bras intentionnellement, quand ils étaient levés par un système de poulies, et quand il bougeait en réponse à une suggestion hypnotique – comme si cette poulie entraient en action.

Des régions similaires du cerveau furent actives pendant les mouvements involontaires suggérés, alors que les zones des mouvements volontaires étaient différentes. Ainsi, la suggestion hypnotique peut être comprise comme un moyen de communication d’idées ou de croyances qui, une fois acceptées, ont le pouvoir d’altérer la perception ou le comportement du sujet.

Le récit personnel

Tout ceci peut nous tenir en haleine : d’où les pensées, les émotions et les perceptions proviennent concrètement. Nous pensons que ces contenus de conscience sont des sous-ensembles de sensations, d’émotions, de pensées et de croyances qui sont générés par des processus non-conscientisés dans nos cerveaux.

Ce sous-ensemble prend l’apparence d’un récit personnel, constamment mis à jour. Le récit personnel existe en parallèle de notre conscience, l’un n’a aucune influence sur l’autre.

Le récit personnel est important car il fournit des informations à stocker dans votre mémoire autobiographique (l’histoire que vous vous racontez, sur vous-même), et donne aux êtres humains un moyen pour communiquer à autrui les éléments que nous percevons.

Ceci, en définitive, nous permet de générer des stratégies de survie ; par exemple, en apprenant à prédire le comportement d’un inconnu. Les compétences interpersonnelles comme le développement de structures sociales et culturelles ont permis la survie de l’espèce humaine depuis des millénaires.

Ainsi, nous pensons que cette habilité à transmettre le contenu du récit personnel d’un individu  – et non sa conscience personnelle – donne à l’humanité sa particularité unique.

Et alors?

Si l’expérimentation de la conscience ne confère aucun avantage particulier, il n’est pas évident de lui trouver un intérêt. En tant qu’acolyte passif des processus non-conscientisés, nous ne pensons pas que ce phénomène ait un intérêt, au même niveau qu’un arc-en-ciel n’en n’a pas. Les arc-en-ciels sont simplement le résultat de réflexion, réfraction et dispersion des rayons du soleil au travers de gouttelettes d’eau – aucune d’entre-elles ne désert d’objectif particulier.

Notre conclusion soulève également des questions autour des notions de libre arbitre et de responsabilité personnelle. Si notre conscience ne contrôle pas le contenu de notre récit personnel qui lui-même reflète nos pensées, émotions, sentiments, actions et décisions, alors peut-être ne pouvons-nous être tenu responsable de rien.

En réponse à ceci, nous pensons que le libre arbitre et la responsabilité personnelle sont des notions qui ont été construites par la société. Ainsi, ils sont établis dans un sens qui nous permet de nous comprendre comme un individu et comme appartenant à l’humanité. À cause de cette hypothèse, ils sont représentés comme inclus dans les processus non-conscientisés qui créent notre récit personnel, et dans cet optique nous communiquons ces récits à autrui.

Simplement parce que la conscience a été placée sur un siège passager, ceci ne signifie pas que nous devons nous dispenser des notions quotidiennes importantes comme le libre arbitre et la responsabilité personnelle. En fait, ils sont inclus dans les rouages non-conscientisés de notre cerveau. Ils ont un intérêt majeur dans la société et un impact profond dans la manière de nous comprendre.

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